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L’écolo-business en marche

lundi 1er juin 2009, par Bénédicte, Pascal


Bateaux charters qui puent qui pètent.

Le seul aspect désagréable, mais néanmoins instructif, de cette escale a été de constater à quel point l’écotourisme a été institutionnalisé. Comme dans d’autres sites préservés tels les îles Cocos (Costa Rica), Fernando de Noronha (Brésil), Coiba (Panama), ou bien la Patagonie ou la péninsule Antarctique. La fréquentation touristique est limitée. Officiellement pour protéger ces environnements fragiles. Traduisez que seuls certains des candidats touristes vont être autorisés à visiter. Et devinez lesquels ? Hein ?
— Les premiers sur une liste d’attente ? Non !
— Ceux qui voyagent au moyen des transports peu polluants et privilégiant les énergies renouvelables ? Non !
— Les enfants des favelas de Quito ? Pour les ouvrir aux merveilles de la nature, genre : "-Coco, quand tu vois ça, ça calme l’envie de trucider son prochain". Non !
— Les gros gavés ? Oui !!!!!!!!

Corollaire, les riches en question, majoritairement issus d’un pays nord-américain dominant également le reste de la planète (et dont je tairai le nom pour éviter d’en paraître un anti- primaire), ont quelques exigences. Un mode de vie non négociable, comme dirait Bush Junior, qui inclut :
- Des transports rapides
- Tout le confort domestique (clim H24, eau douce à volonté...)
- La bouffe comme à la maison (donc importée, en avion pour les denrées délicates)

La protection de l’environnement est donc le fumeux prétexte au développement d’un tourisme pour privilégiés (non, pas ces fonctionnaires et autres bénéficiaires de régimes spéciaux de retraites) conforme au modèle de développement occidental : sale et égoïste. Ceux qui peuvent sortir plusieurs milliers de dollars pour une semaine de vacances ont ainsi le droit (la liberté, dirait Deubeuliou) d’accéder au Parc des Galápagos. A bord d’un des yachts à moteur qui sillonnent l’archipel. En empestant les vapeurs de gasoil. Même au mouillage ils sont aussi puants que bruyants, leurs générateurs fonctionnant en permanence, climatisation oblige.

Débarquement de bière : tout à la main.

C’est pas pour dire mais ça nous a fait penser à d’édifiantes (mais ne le sont-elles pas toutes ?) émissions de Là-bas si j’y suis intitulées "Les ghettos du Gotha", "Monaco : un pays ensoleillé dirigé par un prince magnifique" et "Comment les riches détruisent la planète". Elles décrivent comment une infime (infâme ?) partie de la population accapare des sites somptueux où elle entend bien ne pas être dérangée par la populace. Elles décortiquent comment les pires des bétonneurs et des pollueurs peuvent, grâce aux médias relayant les actions grand public de fondations, passer pour de sincères défenseurs de l’environnement (le Prince Albert par exemple).

Si la véritable raison des restrictions qui nous ont été appliquées était la noble préservation de l’environnement, et bien que nous nous soyons creusés la tête, nous ne voyons pas pourquoi les voiliers ne sont autorisés à faire escale que dans une seule des quatre îles dotées de "ports", sauf à payer un permis de croisière à plusieurs centaines de dollars. Pourquoi, munis de ce permis et moyennant un supplément journalier de $400 (hors salaire du guide officiel), nous aurions droit d’aller détériorer l’environnement même dans la zone du Parc Naturel. Qui a fixé ce prix à la journée de dégradation de ce milieu classé "patrimoine mondial de l’humanité" par l’UNESCO ?

Adaptation de la faune locale. Une nouvelle espèce dans quelques générations ?
Le touriste friqué, qui exige la clim, trois douches par jour et carbure à la bière importée ressemble d’assez loin à un ami de l’environnement, quelques soient ses bonnes intentions et son amour très mode des petits oiseaux en ce bicentenaire de la naissance de Darwin.

Les pélicans préfèrent attendre le retour des barques de pêche. Moins tuant. (toute analogie ...)

Et le pire reste à venir. Naïfs, nous sommes surpris par la "tendance haussière généralisée" que subit l’archipel. Tout augmente de manière exponentielle : population, fréquentation touristique (c’est pas la crise pour tout le monde), pêche, consommation de carburant, achats de véhicules, prix... Vous vous rendez compte ? Malgré toutes ces courageuses mesures visant à préserver l’environnement ! N’est-ce pas paradoxal ?

Mais l’abus de naïveté est nocif, aussi essayons-nous d’en réduire notre consommation. Au profit de la lucidité. Sous son effet, c’est la révélation ! L’orientation vers ce tourisme à gerber n’est ni due au hasard, ni une fatalité ! C’est simplement le fruit d’une volonté des élites locales, appuyées par les "acteurs économiques" du type guide drapé en défenseur de l’environnement (pour 150 $ la journée quand le salaire moyen est de 400 $ par mois, on le comprend), taxi qui brûle inutilement du gasoil subventionné en tournant sans trêve à la recherche du client, agent de voyage...

Mais alors, c’est comme si ... les interdictions visaient à protéger des intérêts particuliers et non l’environnement ! C’est un peu gros mais apparament ça passe. Et pas uniquement ici. C’est ainsi que les endroits comme la Patagonie et les Galápagos deviennent inabordables pour le commun des mortels. Et le cauchemar de ceux qui n’apprécient pas d’être noyés dans un groupe de 50 personnes pour apercevoir l’iguane que désigne le guide. Ceux-là devraient se dépêcher de venir, les acteurs du tourisme local militent pour qu’on ne puisse bouger un orteil sans passer par leurs services.

Tant pis pour nous et pour les pingouins. La terre en Disney World géant. Chouette !!

Le balet des annexes.

Pas très positif tout ça. Cela dit, surtout grâce aux tuyaux des copains vivant ici, nous avons pu accéder à l’essentiel de ce que nous souhaitions voir. La promenade en annexe et le snorkeling sont encore tolérés dans la baie et la plupart des sentiers sont libres d’accès et peu fréquentés. Mais pour combien de temps encore ? Vivement la fin du pétrole.

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