mardi 2 juin 2009, par Pascal
Nous voilà donc partis pour le grand bond, non pas en avant mais vers l’ouest. Départ de Santa Cruz le 29 avril au matin. Surprise, il manque un morceau de la girouette Windex. Qu’à celà ne tienne il reste l’électronique. Quoi que ... Il semble qu’un piaf ait tenté un aterrissage d’urgence sur notre tête de mât ou ait surestimé ses capacités de manoeuvre. Ca aurait pourtant été bien pratique une girouette pour les petits airs attendus au cours de cette traversée.

Pour éviter un adieu trop brutal aux Galapagos, nous allons faire un crochet par l’île de Fernandina histoire de jeter un oeil à la fin de l’éruption du volcan La Cumbre.
Mais celui-ci ne nous a pas attendus et à part quelques fumerolles éparses nous ne distinguons pas grand’chose. Car une coulée de lave datant d’une semaine ressemble furieusement à une coulée de lave datant de quelques années. Du moins ici. Cette île, pour les enfants, évoque le Mordor du Seigneur des Anneaux. Des paysages de toutes les couleurs sombres, et dominés par un volcan au sommet englouti dans les fumées qui ferait une parfaite demeure à un Seigneur des Ténèbres quelconque. Ca a son charme mais c’est pas tout ça on a du chemin.
Le 30 avril à la mi-journée, nous mettons donc cap au sud pour viser un alizé plus soutenu. Bingo ! Et pour être soutenu, il l’est. Nous nous faisons donc chahuter pendant la première semaine de cette traversée que nous imaginions plus pétoleuse. Un peu fatiguant. Nous avons fini par nous décider sur notre objectif : ce sera les Gambier.
On rencontre régulièrement des dauphins et la pêche est bonne, avec chaque jour une ou plusieurs petites coryphènes. Le CNED avance mais, avec deux à trois mètres de creux, la peinture est remise à plus tard. Les coussins du carré ne s’en remettraient pas. La contrepartie de ces conditions agitées c’est que nous progressons vers notre objectif de 140 à 160 miles par jour. 3000/150=20. On imagine déjà une traversée express à la folle vitesse moyenne de 11,5 km/h !
Mais le vent finit par faiblir en deuxième semaine, ce qui nous repose. Les dauphins et les coryphènes nous ont lachés. C’était pas le moment, nous avons terminé la barbaque fraîche. Heureusement il en reste sous vide et en conserve. Ce n’est pas encore la détresse vitale. On est bien coté végétal avec la moisson de fruits et légumes faite au marché hebdomadaire de Puerto Ayora. Mais pourquoi parler de ça ? Parce que déjà sur terre c’est important pour nous la bouffe, alors imaginez quand on est sur l’eau pour plusieurs semaines ! Donc un fondant chocolat, une mousse de maracuja ou une ganache ça égaye en fin de repas. Et puis ça aide à bien dormir. Paradoxalement c’est dans ces conditions de vent faible que nous connaissons nos premiers soucis techniques. La platine fixant le hale-bas de bôme au mat s’arrache, la poulie de drisse de spi lâche. Cette dernière attendra car je n’ai pas envie de monter au mat dans ces conditions et si loin d’un hopital. Mais, privés de cette belle voile au portant avec du petit temps, nous allons perdre en vitesse comme en confort.
La troisième semaine s’est bien passée, avec le recul. Mais pendant on a trouvés un peu lourds les sautes de vent, grains, arrivées de grosse houle de sud non accompagnée de vent etc. On était moins positifs qu’au début, quoi. Quand le vent était soutenu on avançait bien mais on râlait que c’était inconfortable et quand il ne s’établissait pas on râlait parce qu’il fallait toujours être attentifs et que ça n’avançait pas. Bref ça a été notre semaine de râlerie. Paradoxalement elle s’est terminée sur l’arrivée d’une dépression (météo, pas nerveuse, faut pas exagérer)....
Comme dans l’hémisphère sud les dépressions tournent à l’envers, et que celle-ci est au sud des Gambier, nous voilà avec le vent dans le pif. Pile poil (au nez). Bien stable et soutenu. La perspective de louvoyage longuet dans ces conditions ne nous enchante guère, donc nous finissons par nous dérouter vers Pitcairn. Mais là, c’est une autre histoire, dont on peut rire ou pleurer